
"Ce qui demeure, envers et contre tout, et qu'aucune main ne saurait effacer, c'est toute la part de leur lutte qui n'était pas tributaire du sort capricieux des armes. C'est l'image de leurs souffrances, de leurs efforts, de leur énergie surhumaine ; c'est l'exemple de la prodigieuse victoire qu'ils ont remportée sur eux-mêmes ; c'est l'incroyable hauteur morale à laquelle ces hommes sont parvenus"
Jacques BENOIST-MECHIN
Lettre de Fernand FROIDEFON, aspirant au 2e zouaves, mort au champ d'honneur, à une date qui n'a pu être précisée.
Chère petite Maman,
Je suis parti en bon petit Français m'acquitter d'une dette sacrée et remplir jusqu'au bout, avec calme, ce devoir pour lequel tombent depuis tantôt neuf mois les meilleurs fils de notre belle Patrie.
Il faut libérer notre sol, il faut effacer à jamais de notre glorieuse histoire une souillure, il faut préparer à une France nouvelle une ère de paix, il faut garder française la terre de nos morts, il faut libérer à jamais les foyers de chez nous d'une guerre et il faut empêcher qu'un semblable cataclysme vienne encore dans quelques années déchirer des millions de coeurs et faire revivre ces heures affreuses, c'est dans ce but, petite mère, que j'ai voulu être officier français, et c'est pour cet idéal que j'ai fait le sacrifice de mes vingt ans.
Puisque tu lis cette lettre, je suis tombé en brave, et vers ma chère maison, vers la tombe de papa, mes dernières pensées se sont envolées.
Pauvre mère, ton ceeur déjà torturé reçoit un nouveau coup, mais je te sais vaillante et forte; tu sauras trouver l'énergie nécessaire pour surmonter tes terribles épreuves
dans la pensée que, plus heureuse, malgré tout, que beaucoup de mères françaises, il te reste un fils à élever, qui te donnera la satisfaction que tu dois attendre de lui.
Et toi, mon cher Émile, je te recommande maman, tu seras son soutien; c'est pour toi aussi que j'accepte volontiers le sacrifice, afin que ta vie soit tranquille et heureuse, que tu aies le bonheur, qui ne m'est pas réservé, de fonder un foyer; tu profiteras de tous les instants de ton existence en persévérant dans le droit chemin et en cherchant à travers toutes les épreuves ta satisfaction dans le bien.
Tu te souviendras de ton aîné, du petit officier de zouaves qui ne reviendra plus et tu associeras ma mémoire à celle de notre cher père; je revivrai ainsi en toi tant que durera cet hommage.
Chère Maman, Émile, je ne vous demande pas de ne pas me pleurer, je vous interdirais ainsi la seule consolation qui vous reste; mais sachez conserver de la modération dans votre peine; notre deuil récent et terrible nous a montré à tous le peu de prix qu'il convient d'attacher à la vie et il n'est pas sans noblesse de dévouer la sienne à un idéal.
Adieu donc.
Bonnes et affectueuses caresses de votre fils et frère qui vous a toujours aimés du plus profond de son être, plus que lui-même et que tout.
Il faut libérer notre sol, il faut effacer à jamais de notre glorieuse histoire une souillure, il faut préparer à une France nouvelle une ère de paix, il faut garder française la terre de nos morts, il faut libérer à jamais les foyers de chez nous d'une guerre et il faut empêcher qu'un semblable cataclysme vienne encore dans quelques années déchirer des millions de coeurs et faire revivre ces heures affreuses, c'est dans ce but, petite mère, que j'ai voulu être officier français, et c'est pour cet idéal que j'ai fait le sacrifice de mes vingt ans.
Puisque tu lis cette lettre, je suis tombé en brave, et vers ma chère maison, vers la tombe de papa, mes dernières pensées se sont envolées.
Pauvre mère, ton ceeur déjà torturé reçoit un nouveau coup, mais je te sais vaillante et forte; tu sauras trouver l'énergie nécessaire pour surmonter tes terribles épreuves
dans la pensée que, plus heureuse, malgré tout, que beaucoup de mères françaises, il te reste un fils à élever, qui te donnera la satisfaction que tu dois attendre de lui.
Et toi, mon cher Émile, je te recommande maman, tu seras son soutien; c'est pour toi aussi que j'accepte volontiers le sacrifice, afin que ta vie soit tranquille et heureuse, que tu aies le bonheur, qui ne m'est pas réservé, de fonder un foyer; tu profiteras de tous les instants de ton existence en persévérant dans le droit chemin et en cherchant à travers toutes les épreuves ta satisfaction dans le bien.
Tu te souviendras de ton aîné, du petit officier de zouaves qui ne reviendra plus et tu associeras ma mémoire à celle de notre cher père; je revivrai ainsi en toi tant que durera cet hommage.
Chère Maman, Émile, je ne vous demande pas de ne pas me pleurer, je vous interdirais ainsi la seule consolation qui vous reste; mais sachez conserver de la modération dans votre peine; notre deuil récent et terrible nous a montré à tous le peu de prix qu'il convient d'attacher à la vie et il n'est pas sans noblesse de dévouer la sienne à un idéal.
Adieu donc.
Bonnes et affectueuses caresses de votre fils et frère qui vous a toujours aimés du plus profond de son être, plus que lui-même et que tout.
Lettre de Gabriel-Tristan FRANCONI, sous-lieutenant, né le 17 mai 1887, à Paris, tombé au bois de Sauvillers, le 23 juillet 1918.
Mes compagnons d'armes sont de bons bougres. Nous nous aimons les uns les autres. Rien ne vaut mieux que d'être frères devant l'Histoire qui juge sévèrement les faibles, et la meilleure force est faite d'enthousiasme commun et de dévouement réciproque. Plus de classes, plus de rang social. Une poitrine parée de dentelles ou protégée de toiles revêches, si elle abrite un cceur français est également courageuse devant les baïonnettes.
Je dors où je peux, dans des granges où la paille est pourrie, le toit défoncé. Il gèle, et je suis éveillé à l'aube par des cortèges errants, des brebis sans maître, dont les voix de cristal brisé semblent pleurer sur le sort des campagnes. Il passe sur moi des rafales d'obus. Allons, la vie est belle et je sens flotter dans l'air glacé une odeur frémissante de printemps. Les ailes de la Victoire, nous les caresserons bientôt, où que nous soyons debout dans la tourmente ou couchés dans la terre que nous aurons défendue parce qu'elle nous fut douce, maternelle et fleurie.
Je dors où je peux, dans des granges où la paille est pourrie, le toit défoncé. Il gèle, et je suis éveillé à l'aube par des cortèges errants, des brebis sans maître, dont les voix de cristal brisé semblent pleurer sur le sort des campagnes. Il passe sur moi des rafales d'obus. Allons, la vie est belle et je sens flotter dans l'air glacé une odeur frémissante de printemps. Les ailes de la Victoire, nous les caresserons bientôt, où que nous soyons debout dans la tourmente ou couchés dans la terre que nous aurons défendue parce qu'elle nous fut douce, maternelle et fleurie.
Lettre de Laurent PATEU, sous-lieutenant au 141ème régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.
Ma Femme bien-aimée, mes Enfants chéris,
Si vous recevez cette lettre je ne serai plus; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.
Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage. J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes quelques rares moments d'emportement; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu ! avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme, je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.
Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demandetoi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide-la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh ! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et sceur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras plus grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta sueur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route : Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon cceur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du cceur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas. Vive la-France !
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide-la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh ! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et sceur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras plus grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta sueur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route : Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon cceur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du cceur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu, mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas. Vive la-France !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire