mardi 29 mai 2007

Histoire de la Chrétienté (4): les martyrs de Sainte Sophie

Lors de la prise de Constantinople, des milliers de personnes de tout âge et de tout sexe se réfugièrent à Sainte-Sophie, confiants dans la prophétie qui promettait l'apparition du Christ au moment suprême. Ils y furent égorgés ou réduits en esclavage. A l'issue des massacres, le sultan Mehmet II se dirigea vers Sainte-Sophie; un mollah monta en chaire et proclama la confession de foi islamique au milieu de. Alors l'empereur pria au pied de l'autel. Voici un extrait d'un article de René Guerdan paru dans le mensuel Historia N°328 , mars 1974:


"(...) de ces horribles événements la profanation de Sainte-Sophie sera, à coup sûr, le plus marquant. Dans la grande église une foule immense s'était assemblée, priant désespérément. Les fameuses portes de bronze avaient été fermées. Soudain des coups violents les ébranlent, puis les défoncent, et un flot de brutes, couvertes de sang, déferle dans le lieu saint.Les Turcs commencent par jouer de la pique ou du cimeterre, mais leur oeil luit surtout de convoitise. Ici, se disent-ils en regardant de tous côtés, la fortune nous attend. Et de se jeter d'abord sur la masse des suppliants. Et un tournemain, tout ce qui est jeune, beau ou sain est dévêtu, dépouillé, parqué.De hautes dames, de nobles et fraîches adolescentes, nues sous leur longue chevelure dénouée, tombent ainsi en esclavage. Leurs maîtres les ligotent avec n'importe quel moyen de fortune : écharpes, ceintures, mouchoirs, étoles, cordes de tente, rênes de chevaux, d'ânes et de chameaux, puis, avec de violentes bourrades ou à coups de pied, les jettent dehors en longues files vers le port, d'où elles seront emmenées, misérables et avilies, à toutes les extrémités du monde islamique.Et maintenant au tour de l'église ! Que de trésors s'y accumulaient que la patiente piété des générations avait un à un rassemblés ! Vases sacrés, d'or et d'argent, constellés de perles et de pierreries, vêtements sacerdotaux d'une richesse prodigieuse, reliquaires, icônes, luminaires, tout sera brisé, pillé, anéanti. C'est à qui par dérision s'affublera des robes des prêtres, promènera les crucifix recouverts d'un turban. Et à tous les vents, parmi les cadavres et les chiens errants, après les avoir arrachées à leur réceptacle de métaux précieux, on jettera ces reliques fameuses qui tant de fois avaient protégé la ville : les corps des plus illustres martyrs, des plus glorieux champions de l'orthodoxie, et les plus célèbres icônes de la Panagia Toute Sainte. Jamais ne vit-on au cours de l'Histoire, sinon au sac de Jérusalem, pareille désolation, semblable profanation ! Et pour mieux marquer leur volonté de souiller, les Turcs feront entrer, ici leurs chameaux, là des filles publiques, et Sainte-Sophie, toute bruissante encore de tant de cérémonies saintes, deviendra étable et lupanar !De tout ce brigandage, le sultan a naturellement sa part.

Phrantzès, le fidèle serviteur du basileus, a raconté les malheurs survenus à sa jeune et jolie descendance. Sa fille fut jetée au harem impérial - elle avait quatorze ans et mourut de désespoir et son fils Jean, âgé de quinze ans, fut tué de la propre main du sultan pour avoir repoussé ses caresses.
Le sort du grand-duc Lucas Notaras, le second personnage de l'Empire, ne fut pas plus enviable. Mahomet l'avait d'abord comblé de prévenances et d'honneurs. Il avait presque eu l'intention de le nommer gouverneur de la ville, et de l'aider à la repeupler. Or, un soir d'orgie, ayant entendu parler des grâces de son plus jeune fils, il envoya un eunuque le quérir. Notaras répondit au messager que sa religion ne lui permettait pas de consentir à une proposition aussi ignominieuse. Alors pris de fureur, le Turc se fit amener l'enfant accompagné de son père et de son frère, et manda le bourreau. Notaras demanda à être supplicié le dernier, afin, dit Critobule, « que ses enfants redoutant peut-être la mort ne fussent pas tentés de renoncer à leur foi pour racheter leur vie ». Debout, pâle, sans baisser les yeux, le malheureux vit décapiter ses deux fils. Puis, après avoir prié, il courba à son tour la tête sous le cimeterre. Quant au sultan, il tint à contempler longtemps la face de ses trois victimes.

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