mercredi 22 juillet 2009

Le retour de l'ignoble Docteur Morin

Dans son dernier bulletin, le Conseil de l’ordre des médecins de Barcelone annonce la réintégration du docteur Carlos Morin, gravement impliqué dans l’affaire des cliniques du groupe TCB-Ginemedex où se pratiquaient, en toute illégalité, des interruptions de grossesse jusqu’à 33 semaines.
Ce médecin péruvien avait été piégé lors d’un entretien filmé en caméra cachée en octobre 2006 par une journaliste danoise enceinte de 32 semaines se faisant passer pour une future patiente. La diffusion du reportage par des chaînes de télévision européennes avait alors conduit à l’inculpation de Carlos Morin et à la fermeture administrative des quatre cliniques qu’il dirigeait. Deux ans après des révélations similaires par deux journalistes du Sunday Times, il était difficile pour la Généralité de Catalogne de classer une nouvelle fois l’affaire. L’enquête livre alors des éléments dont l’horreur dépasse l’imagination: foetus en vie après l’extraction qu’on laisse dépérir, usage de broyeurs de cuisines industrielles pour le traitement des restes humains, avortements de mineures âgées de 13 ans, hémorragies post-opératoires stoppées in extremis... Bien que ces pratiques soient un secret de Polichinelle dans un pays où le “tourisme abortif” est une véritable filière économique, ces révélations produisent alors un choc dans l’opinion. On découvre également que Carlos Morin était séropositif depuis 1998. En France, une alerte sanitaire sera diffusée en septembre 2008, les archives des cliniques incriminées contenant les dossiers d’environ 800 femmes françaises ayant eu recours à ses services. Le docteur Morin est arrêté et placé en détention préventive en novembre 2007. Il sera relâché deux mois plus tard, une fois l’ouragan médiatique passé. Le temps de se faire oublier. Et pour le puissant lobby pro-avortement et la puissante association des cliniques autorisées à pratiquer des avortements (97,5% des 85 000 avortements annuels à son actif), le temps de reprendre pied et de convaincre le gouvernement Zapatero d’une sortie de crise “par le haut”, soit par une libéralisation accrue de l’avortement.
Aujourd’hui, l’enquête piétine. Les 2780 avortements suspects recensés pour la seule année 2007 ont donné lieu à 139 auditions lesquelles ont débouché sur 121 inculpations pour avortement illégal. En s’appuyant sur un réel consensus dans l’opinion quant au refus d’ajouter à la souffrance d’un avortement celle de l’opprobre d’une condamnation judiciaire, le gouvernement socialiste a fait habilement de cette voie judiciaire une impasse. Le clivage trés fort sur la question de l’avortement et les formes que peut prendre l’affrontement sur un sujet aussi vital dans un pays ou l’ambiance politique n’a jamais été très sereine, risquent donc de profiter non seulement à celui que ses pairs surnommaient le “roi de l’avortement tardif” mais également aux nombreux Carlos Morin qui sévissent dans les cliniques espagnoles.

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