jeudi 6 novembre 2008

6 novembre: Mémoire des martyrs de la guerre civile espagnole


Ce 6 novembre 2008, l'Eglise fait officiellement mémoire pour la première fois des 498 martyrs d'Espagne béatifiés le 28 octobre 2007. Présent à Saint Pierre ce dimanche là, j'avais couvert l'évènement pour le quotidien Présent et pour la revue Reconquête:

Parmi ces 498 bienheureux figurent deux Français : Joseph-Henri Chamayou (1884-1936) et Joseph Louis Marcou (1881-1936), Frères des Ecoles Chrétiennes. Le premier se vit remettre un sauf-conduit censé le protéger tout au long du trajet qu’il devait effectuer pour se rendre en Andorre. Mais sa qualité de religieux fut divulguée aux miliciens contrôlant les routes par ceux-là même qui lui avaient remis le sauf-conduit. Le 18 août 1936, il quitta le dernier le collège de La Seo de Urgell, dont il était le directeur depuis 1929. Au premier poste de contrôle, il fut sommé de descendre de l’autobus et fusillé avec un autre religieux.
Le Frère Joseph Louis Marcou – son nom en religion était Louis de Jésus, fut assassiné le 22 juillet 1936 dans l’école où il exerçait alors qu’il s’apprêtait à gagner le consulat de France à Barcelone.
Livrés à la populace, abandonnés de tous, ces 498 serviteurs du Christ ont puisé dans leur amour inébranlable pour Lui la force de porter leur croix jusqu’à leur Golgotha personnel. Trois d’entre eux avaient tout juste 16 ans. Beaucoup furent soumis aux tortures les plus effroyables par des bourreaux impatients de les voir abjurer. Les témoignages recueillis donnent la mesure de la barbarie qui s’exerça contre eux.
La Supérieure générale des Carmélites, la Mère Apolonia Lizárraga (1867-1936) fut conduite le 8 septembre 1936 à une « Checa[1] » de Barcelone où elle fut sciée vivante et son corps jeté en pâture à un élevage de porcs voisin.
Autre fin édifiante, celle de Felix Echevarria, franciscain de Cordoue, à qui ses bourreaux ont arraché les yeux, coupé les oreilles et arraché la langue avant de l’achever après quatre heures d’agonie parce qu’il refusait de blasphémer. Où encore celle de Francisco Magin, frère lasallien : alors qu’il était conduit dans un cimetière pour y être exécuté, une milicienne communiste lui fait des avances. Celle-ci, furieuse de se voir repoussée, émascule le jeune homme qui en se vidant de son sang, trouve encore la force de crier à la face de ses bourreaux: « Vive le Christ Roi ! »

Dans un contexte de guerre mémorielle aggravé par l’adoption de lois de « Récupération (sic) de la Mémoire historique » qui excluent les victimes de la répression républicaine, la cérémonie du 28 octobre 2007 pouvait être perçue comme la réponse d’une Espagne à une autre. Mais face à plus de 50 000 personnes venues des quatre coins de la péninsule ibérique, c’est un tout autre message qu’ont souhaité délivrer les représentants de l’Eglise d’Espagne et du Vatican : un message pour notre temps.
Dans son homélie, le cardinal José Saraiva Martins chargé de présider la cérémonie, a voulu lui aussi actualiser avec force l’exemplarité du sacrifice des 498 Bienheureux :
« Quel est le message des martyrs pour chacun de nous ici présents ? » s’est interrogé le Prefet pour la Congrégation de la cause des Saints. « C’est un message de Foi et d’Amour. Nous devons examiner nos vies avec courage et prendre des résolutions concrètes, pour voir si cette Foi et cet Amour se manifestent de façon héroïque dans notre vie. Vivre en chrétiens (...) nous impose de contribuer au bien commun et de de façonner la société toujours selon la justice, en défendant nos convictions sur la dignité de la personne, sur la vie depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, sur la famille fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, sur le droit et devoir premier des parents en ce qui à trait à l’éducation de leurs enfants. »
A l’heure de l’Angélus, sous un soleil radieux resplendissant dans un azur parfait, cinquante mille pèlerins ont écouté l’allocution de Benoît XVI dans un extraordinaire esprit de communion et d’espérance.
« L'inscription contemporaine dans le tableau des Bienheureux d'un grand nombre de Martyrs, montre que le témoignage suprême du sang n'est pas une exception réservée seulement à quelques personnes mais est une éventualité réaliste pour le Peuple chrétien tout entier » a rappelé le Saint Père. « Leur exemple témoigne que le Baptême engage les chrétiens à participer avec courage à la diffusion du Royaume de Dieu, en coopérant si nécessaire avec le sacrifice de sa propre vie. (…) L’Evangile engage jusqu’à la mort.»
Désormais, chaque 6 novembre, l'Eglise fera mémoire des 498 Bienheureux martyrsd'Espagne. Pour nous, militants de Chrétienté Solidarité, ce sera une occasion supplémentaire de rappeler à nos contemporains les souffrances de ceux qui, à travers le monde, sont persécutés à cause de leur foi en Jésus-Christ.

[1] Checa : adaptation en espagnol par les Républicains eux-mêmes du terme russe « Tchéka » pour désigner les centres d’interrogatoire des milices d’extrême gauche

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