"La géniale nation, héritière du monde antique, qui quinze siècles durant a été à la tête des races latines en Europe, et dans les derniers siècles a exercé une influence incontestable et prédominante sur toutes les races d'Europe, a perdu voici près de cent ans la force vive qui l'avait mue et nourrie tant de siècles ! Cette force vive, elle résidait dans le fait que la France représentait par excellence le catholicisme européen, depuis presque les origines du christianisme en Europe occidentale.
Mais à la fin du XVIIIe siècle, ayant complèment rompu, dans sa conscience et dans sa forme de vie, avec l'Idée catholique qui lui avait donné la vie vivante tout au long de tant de siècles mais qui (non de son fait) était désormais usée, la France (au moins dans son élite intellectuelle) se proclama pour le monde entier, dans un emportement d'enthousiasme, la rénovatrice de l'humanité sur de nouveaux principes, la principale porteuse et dépositaire de ces principes.
« Tous, venez tous à moi! », clama-t-elle dans un enivrement pythique.
Ces nouveaux principes, les principes neufs et autonomes des futures sociétés humaines, issus d'eux-mêmes et puisant en eux-mêmes leur force vive, étaient déjà connus de l'homme européen comme bases de la civilisation élaborée par lui c'étaient la science, l'État, et le rêve d'une justice fondée uniquement sur les lois de la raison. La France ne fit que proclamer révolutionnairement la valeur intrinsèque achevée de ces principes, c'est-à-dire leur totale indépendance de la religion et aussi bien de toutes traditions. C'était la première fois que cela se produisait dans la vie de l'humanité, et c'est en cela que consistait la substance propre de la Révolution française."
Journal, Editions Gallimard
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